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IX. Les combats d’un indigènophile

 

 

 

 

Locaux de la Dépêche algérienne

 

 

 

 

 

Victor Barrucand vers 1920-1930

Après la mort d’Isabelle Eberhardt, les difficultés de gestion de L’Akhbar commencent. La vente diminue de moitié : Barrucand rencontre de nombreux adversaires, et ses détracteurs ont réussi à émousser la confiance de son lectorat. Mais il ne baisse pas les bras et continuera à opter pour les positions les plus innovantes en Algérie : deux ans après la séparation de l’église et de l’état, il milite pour la restitution aux musulmans des biens hobous, fondations religieuses toujours gérées par le gouvernement général. Il prend également position pour la réforme et l’adaptation de l’enseignement en Algérie.

Dans le domaine artistique, Barrucand s’intéresse à la fondation de la Villa Abd-el-Tif, résidence d’artistes, sorte de Villa Médicis algérienne fondée en 1907. Avec Arsène Alexandre, critique d’art renommé, il avait conseillé à Charles Jonnart, gouverneur général de l’Algérie, le site où l’institution fut installée. Pendant plus de trente ans, Barrucand sera une figure incontournable du paysage artistique algérien : il donne à La Dépêche algérienne des « milliers » d’articles de critique littéraire, d’art musical ou pictural et semble avoir acquis une large influence grâce à la justesse de son goût.

Sur le plan politique, son engagement le pousse, dès 1905, à réclamer l’extension du droit électoral aux indigènes musulmans. Il souscrit aux revendications d’un groupe d’intellectuels musulmans absorbés par « le réveil de la race arabe » et leur ouvre les colonnes de L’Akhbar. En 1908, il conduit leur liste pour les élections municipales d’Alger. Deux candidats issus du mouvement Jeune Algérien sont élus conseillers, les docteurs Benthami et Brihmat. Ils envoient une délégation à Clemenceau (avec qui Barrucand est en relation personnelle) pour négocier une extension de leurs droits politiques et sociaux en contrepartie de la conscription des jeunes indigènes. Le décret de conscription est promulgué le 3 février 1912 et leurs revendications sont restées sans effet malgré l’envoi d’une nouvelle délégation à Poincaré.

A la veille de la Première Guerre mondiale, l’engagement de Victor Barrucand pour la cause indigène atteint son apogée : il prête sa plume à l’émir Khaled, petit-fils d’Abdel-Kader, qui fait part de ses Réflexions sur le rapprochement franco-arabe en Algérie. Il n’y est jamais question d’indépendance, ni même d’autonomie, une vision absurde pour les deux hommes, mais d’une association loyale et égalitaire entre les ethnies, dans le respect des identités culturelles. Leur programme est prêt d’aboutir et des assouplissements du statut indigène sont votés quand survient la guerre.

Réprimant l’antimilitarisme de sa jeunesse, Victor Barrucand soutient l’effort de guerre, même si de nombreux espaces blancs témoignent du passage de la censure sur le journal. Il concède  : « C’est en nous appuyant sur les sacrifices consentis par la population indigène, sur son loyalisme et son dévouement, que nous pourrons entraîner la métropole dans la voie des réformes coloniales qui conviennent. »

Préambule

Le poète musicien

L'engagement anarchiste

La Revue blanche et le Chariot de terre cuite

La première Révolution et le Pain gratuit

Fédéralisme et dreyfusisme

1900 tournant d’une vie

1902 l’Akhbar

L’éditeur d’Isabelle Eberhardt

Les combats d’un indigènophile

Orientalisme et réformes d’après-guerre

Epilogue